Béatrice Lacombe

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Notice pour les séries Graal Clef et Pinacle de Béatrice Lacombe mai 2024

Notice pour les séries en lien avec le palais des papes d’Avignon mai 2024

 

Dans ces œuvres réalisées en reflet dela Papauté en Avignon au XIVème siècle, je donne ma réponse au sentiment d’unesomptuosité archaïque et à la verticalité de l’édifice massif. Je questionneaussi le mélange entre le profane et le religieux et la combinaison/mixité desformes créées par artistes et artisans. En effet, les neufs papes françaisinstallent une cour fastueuse et raffinée à l’intérieur des murs du Palais dontune très grande partie est peinte selon l’exceptionnel savoir-faire italien enmatière de fresque. Avignon représente le foyer de diffusionde l’art italien et aussi le premier où les ferments du style gothiqueinternational s’élaborent. L’installation des institutions de la papauté et deses cardinaux, les grands aménagements entrepris pour leur faire place et lerayonnement intellectuel de la cour papale font alors d’Avignon un foyer d’artéclatant. Laflore est omniprésente dans les traités de botanique de la bibliothèque, dansles vergers du pape et dans les éléments sculptés de l’architecture ogivale.

 

La technique employée pour la série Clef est le monotyped’encre aquarelle (à la différence d’encre grasse qui sert en gravure etlithographie).

Leur forme symbolise la réunion des clés des armoiriespapales et du trait crénelé des fortifications. Les couleurs s’apparentent àcelles des fresques des chapelles et de la chambre du cerf : pigments dulangage coloré utilisé au trecento par les siennois (Simone Martini, Matteo Giovannetti, pictorpape)et par les primitifs de l’École d’Avignon. Terre verte, bleu de lapis lazuli, siennenaturelle, émeraude et sinopia…Cette polychromie participe au caractère del'enchantement médiéval. Le liant de la peinture est une colle de peau (selon d’anciennesrecettes) permettant matité et fraicheur du coloris.

 

Autre travail d’encre sur papier, lasérie Pinacle présente de manièreoriginale l’élément phare de l’architecture gothique.  Élancée, cette flèche pyramidale de pierre hérisseverticalement l’espace au sommet. En technique de Grisaille et quasi monochrome, le lavis amène transparence etfluidité lumineuse en révélant la dentelle de pierre. Autre mise en lumière, larichesse de l’ornement sculpté exprime une grande préciosité (lierre, rose, chardon,crosse végétale, fleuron…).  Dansl’Avignon médiévale, la nature est omniprésente et la bibliothèque despapes témoigne de l’intérêt grandissant porté à la botanique : d’ailleurs l’arcd’ogive du style gothique n’est-il pas né de la courbure des arbres ?  

Les tons d’oxydes métalliques réalisentavec l’encre une sorte d’écoulement de rouille et matérialisent la pierre et lasévérité qui lui est propre.

 

Pour la troisième série nommée Graal, j’ai retenu l’élément terre, adama en hébreu, matière avec laquellea été créé Adam, premier homme.

Il s’agit aussi d’une tempera mais composée cette fois parl’adjonction d’oxydes colorants. Elle s’inspire des sols du Palais faits decéramique lustrée « verte et brune », véritable trésor de petits carreauxdes pavements chatoyants de la salle du studiumde Benoit XII. On la nomme céramique des papes.

J’ai imaginé ces natures mortes depoteries ; simplement disposés, cruches, pots et gobelets d’argile à pansetrapue figurent la vaisselle des papes. Loin de l’amoncellement des objets devanités flamandes du XVIIème siècle, ils apparaissent dans une certaine nuditéde l’espace avec sobriété et raffinement de la couleur blanche du papier. Untrait d’épure rythme la forme et trace un motif décoratif lacunaire etarchaïque. Une poterie culinaire humble, témoin de l’aube de l’humanité :l’apparence modeste de ces objets du quotidien est cependant mêlée aux couleurschatoyantes et limpides. Autrement, frêle clair-obscur et matité de la terre glaises’associent pour parler du clinquant des émaux. Je me suis servie de couleurspar analogie avec la technique de la céramiqueverte et brune : même coloris diapré par la poudre métallique (vertsde cuivre et noirs-mauves de manganèse). Cette palette se limite à quelquestonalités.

 

C’est un langage coloré réduit et tout àla fois en recherche de « lustre » pour parler de splendeur et de « faste ancestral »à la cour des Papes.

Béatrice Lacombe

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