Béatrice Lacombe

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Entretien lors de l'exposition Dessin Couleur Béatrice Lacombe 2023

Entretien entre Germain Hubert et Béatrice Lacombe 2023

Germain Hubert : Que représente votre choix de faire une œuvre affirmant l'importance essentielle du dessin ?

Béatrice Lacombe : Le dessin est pour moi lafaçon dont l'émotion se transcrit le plus directement. Je suis tout de suite encontact avec le support. Les moyens que j'utilise sont très simples : lecrayon, le fusain. J'ai besoin de cette simplicité. Grâce à elle je me laisseentraîner dans un mouvement me permettant de travailler, puis à l'intérieur decelui-ci viennent la rigueur et les décisions qui sont prises à chaque étape.Il y a une sorte de va-et-vient perpétuel entre la tête et la main.

 

Germain Hubert : Avez-vous le sentimentqu'il y ait moins de présence du corps dans le dessin que dans la peinture ?

Béatrice Lacombe : Non. Quand je travaillela lumière d'un noir, quand je me sers du blanc comme "couleur" jesuis peintre. Je m'engage physiquement quand je dessine. Je dessine et je fixeau fur et à mesure. Je travaille, avec les mains, dans le frais, dans le fusainqui, dilué, se rapproche de l'encre. J'ai besoin de ce contact direct qui mepermet de faire corps avec le support.

En ce sens, j'ai envie de dire qu'en certainesoccasions je me rapproche de la sculpture dans la façon que j'ai de travailleret surtout dans la recherche du volume qui m'importe beaucoup. C'est, je crois,perceptible dans les dessins de fruits d'érable où je donne un volume affirméau centre du fruit et où, par ailleurs, je cherche une élévation.

 

Germain Hubert : Pourquoi ne faites-vous pasde peinture ou de sculpture ?

Béatrice Lacombe : Difficile à dire. J'ai lesentiment que j'y perdrais l'essentiel. Quand je regarde certaines œuvresd'artistes du passé, j'ai l'impression que leurs dessins recèlent, plusfondamentalement, le sens de leurs œuvres et, pour manier le paradoxe, que lapart majeure de leur travail s'y trouve condensée. Je crois que le XX siècle apermis un engagement total dans le dessin. Le dessin n'est plus préparatoire àquoi que ce soit. Il "est" simplement.

 

Germain Hubert : Vous vous servez de lasérie, de la répétition pour créer de grands ensembles.

Béatrice Lacombe : Comment expliquez-vous cetterecherche d'amplitude dans votre travail ?

Mettre en relation les différents dessins mepermet de leur donner, à la fois, plus de présence individuelle et de les insérerdans un principe plus large, par la vision globale que je crée. J'essaie ainside me rapprocher d'un être et, en même temps, d'avoir une autre vision pluscomplexe, plus totalisante. Le regard, l'esprit sont entre ces deux visions,ils bougent de l'une à l'autre.

Souvent je me tourne vers le sol pour regarderdes petites choses qu'on ne voit pas ou que l'on ne reconnait pas. Très viteelles deviennent un univers qui est le produit de ma subjectivité mais quirenvoie également à l'univers en son entier.

 

Germain Hubert : Vous dites que vous voustournez souvent vers le sol ?

Béatrice Lacombe : Oui, si je regarde le travailque j'ai fait avec la vigne, le feuillage ou les homards, c'est toujours au solque j'ai observé ces éléments. Après cela, sans doute je cherche une élévationpar la manière dont j'installe les dessins où il y a l'expression d'une montéed'un désir de regarder plus haut sans que je sache expliquer pourquoi. Je nesais jamais comment les choses évoluent.

 

Germain Hubert : Quel est le rapport quevous entretenez avec la nature ?

Béatrice Lacombe : Je sais que je n'ai jamais euenvie de dessiner des objets manufacturés. Il y a en eux quelque chose de tropécrit. Si je dessine des arbres ou des plantes, c'est que je peux m'y investiret les métamorphoser. Il y a assez d’ambiguïté, d'indétermination. Je mesouviens quand j'ai commencé à travailler avoir voulu dessiner des verres. Trèsvite j'ai compris que cela ne m'intéressait pas, que ce qui retenait monattention n'était pas l’élément mais ce qui venait après : le fait de voirmourir la plante et, malgré tout, la force demeurant dans la branche. J'aibesoin d'observer ce qui vient "après ce qui est manifeste, ce qui faitpartie de ce temps où l'on jette les choses, où elles disparaissent, non parmélancolie mais pour y voir, au contraire, la force maintenue. Il y a uneviolence à contempler ces plantes qui perdent leurs pétales et qui, malgré leurdestruction, gardent en elles leur énergie, leur incroyable vigueur. Il nes'agit pas de deuil mais plutôt d'une mort qui s'inverse. Ce qui m'intéressedans la mort est cet élan contraire qu'elle provoque. Je tiens ce fil.

Je sais que cela compose des séries, des suitesaériennes qui mettent en jeu la présence du vide, le rythme, une forme demusicalité, de rapport au silence. Il y a ici le silence, la solitude et unenécessité de reconstruire complètement l'univers ou plutôt de le faire naîtrepuis de le reconnaître comme sien.

C'est un espace en expansion qui m'intéresse. Jecrois que j'observe essentiellement ce qui se constitue dans le silence.

Entretien réalisé par Germain Hubert lors de l’exposition BéatriceLacombe  Dessin   Couleur - 2023-

Béatrice Lacombe

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